Le pouvoir de l’information et l’information comme pouvoir

Dans le brouillard de la guerre, ce qui importe le plus, c’est d’obtenir rapidement les bonnes informations pour prendre des décisions judicieuses sur le champ de bataille. Souvent, l’information fait la différence entre la vie et la mort, entre la réussite et l’échec.

Dans tous les domaines, les dirigeants connaissent le pouvoir de l’information et savent que « l’information, c’est le pouvoir ».

Aujourd’hui, cette vérité universelle nous frappe davantage alors que le Canada traverse sa pire crise sanitaire et économique de notre époque. Pour lutter contre la pandémie, les parlementaires et les Canadiens ont besoin d’information fiable afin de prendre les décisions complexes qui atténueront les conséquences de la COVID 19 et feront en sorte que les familles, les entreprises et le pays tout entier seront prêts pour la reprise.

Cependant, le gouvernement libéral mène une campagne de tous les instants afin de limiter, de retarder et d’empêcher la communication d’information et la tenue de discussions et de débats publics.

Sa première cible : les institutions de gouvernance et les renseignements transmis aux députés. Au mois de mars, les travaux parlementaires ont été suspendus, et la diffusion d’information gouvernementale s’est interrompue. Il n’y avait aucune diffusion de documents, aucun débat, aucune réunion de comité, aucune période de questions. Au moment même où notre système de freins et contrepoids était au beau fixe, le gouvernement s’est vu accorder d’extraordinaires pouvoirs de dépenser.

À la reprise d’un semblant d’activité parlementaire, la Chambre des communes n’était pas pleinement fonctionnelle. Seul le Comité spécial sur la COVID-19 siégeait, ce qui a donné une apparence de gouvernance. Toutefois, les résultats n’étaient pas au rendez-vous en raison des contraintes excessives empêchant les motions, les questions, les réunions de comités et les débats. Quelques semaines plus tard seulement, le gouvernement a pris la décision radicale et inutile d’interrompre les travaux du Parlement par la prorogation, ce qui a encore une fois eu pour effet d’empêcher toute demande d’accès à l’information gouvernementale et d’annuler toute possibilité d’améliorer l’intervention d’urgence du Canada.

Lorsque le Parlement a repris ses travaux à la fin septembre, les parlementaires ont continué de vivre des frustrations et de se buter à des faux-fuyants. D’importantes mesures législatives d’urgence ont été présentées à la hâte au Parlement puis peu examinées, rendant les améliorations difficiles. Les partis de l’opposition ont été victimes de chantage et ont dû donner leur aval sans plus de débats, par crainte d’être accusés soit de nuire aux efforts visant à aider les Canadiens soit de forcer une élection, même si en réalité ils n’effectuaient que le travail auquel les contribuables s’attendent. Les libéraux ont réussi à repousser toutes les tentatives visant à les obliger à fournir des documents, et les quelques documents fournis étaient extrêmement caviardés. Ils ont paralysé les comités par leur obstruction systématique et leur refus de présenter un budget, ce qui a fait en sorte que le Canada a été sans plan financier pendant une période l’une longueur sans précédent.

La campagne des libéraux visant à limiter la communication d’information gouvernementale cible également les organismes gouvernementaux de surveillance indépendants. Le Bureau du directeur parlementaire du budget, soit le chien de garde du budget du Parlement, a publié deux rapports distincts décrivant ses préoccupations sur le secret entourant les dépenses des libéraux. Il est particulièrement important de noter, en ce qui concerne les dépenses de 79 milliards de dollars, que « la quantité d’informations mises à la disposition du public aux fins de suivi des dépenses est insuffisante, empêchant ainsi les parlementaires de mener à bien leur rôle essentiel quant à la supervision des dépenses gouvernementales et la reddition de comptes au gouvernement ».

En outre, le gouvernement libéral fait fi des lois sur l’accès à l’information. Bien avant la pandémie, les mesures visant à faire respecter la Loi sur l’accès à l’information étaient déjà sous-financées; à l’heure actuelle, plus de 55 organismes gouvernementaux sur 80 estiment que l’accès à l’information ne constitue pas un service essentiel; moins de la moitié d’entre eux traitent toutes les demandes.

Comme on compte plus de 125 000 demandes d’information par année (près de 50 % présentées par des entreprises, 30 % par des particuliers et 20 % par des médias, des associations de l’industrie, des syndicats et d’autres organisations), la communication des renseignements demandés est fondamentale à notre réussite économique et sociale.

Le gouvernement affirme que la communication d’information n’est pas une priorité et que toute l’énergie doit aller à la lutte contre la pandémie. Cependant, il ne comprend pas que notre capacité collective à lutter contre la pandémie dépend, d’une part, de la qualité de l’information dont les citoyens disposent pour prendre des décisions éclairées et mûrement réfléchies et, d’autre part, de la rapidité à laquelle cette information leur est transmise.

L’information existe, mais les libéraux la retiennent. Le fait d’exiger la publication de cette information n’est pas une question partisane. C’est essentiel pour veiller à ce que le gouvernement agisse dans l’intérêt supérieur du pays et protège le fondement de notre démocratie.

Le non-respect des principes fondamentaux que sont l’ouverture, la transparence et la reddition de comptes fait en sorte que les Canadiens, en plus d’être incapables de surmonter les défis d’aujourd’hui et de demain, perdent confiance envers les personnes qu’ils ont élues et envers les institutions démocratiques elles-mêmes.

L’ennemi, c’est le secret. Le pouvoir, c’est l’information. Les libéraux doivent donner à tous les Canadiens le pouvoir de l’information gouvernementale. Faute de quoi, nous ne pourrons pas traverser la crise. Notre démocratie ne pourra y survivre.