La canalisation 5 devrait être un signal d’alarme pour la sécurité énergétique du Canada

Le 13 novembre 2020, l’État du Michigan a révoqué la servitude qui permettait au pipeline de la canalisation 5 d’Enbridge de traverser le détroit de Mackinac sous l’eau, le lac Michigan et le lac Huron. À moins d’être annulée, cette décision exige qu’Enbridge cesse ses activités dans cette section de la canalisation d’ici le 12 mai 2021. Toute perturbation de la canalisation 5 sera dévastatrice pour la sécurité énergétique et le bien-être économique du Canada.

Je suis heureuse de siéger au Comité spécial sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis de la Chambre des communes, qui examine actuellement les répercussions de la fermeture de la canalisation 5 d’Enbridge sur le Canada. Les témoins que le Comité a entendus ont souligné les vastes répercussions que la suspension de la canalisation 5 aurait sur l’énergie, l’agriculture, les transports et les industries connexes du Canada.

La canalisation 5 d’Enbridge transporte jusqu’à 540 000 barils par jour de produits pétroliers, dont le pétrole brut léger et des liquides de gaz naturel de l’Alberta et de la Saskatchewan. Fournissant plus de 53 % du pétrole brut consommé par l’Ontario, et 66 %, par le Québec, elle offre environ 4 900 emplois directs et jusqu’à 23 000 emplois indirects dans les industries connexes. Elle fournit d’importantes quantités de carburant diesel, de propane pour l’Est du Canada et une grande partie du carburéacteur de l’aéroport Pearson. Elle génère plus de 65 milliards de dollars de revenus directs et 28 milliards de dollars de revenus indirects en échanges commerciaux par an.

Si la section du pipeline sous le détroit de Mackinac ferme, il faudra 2 000 camions-citernes ou 800 wagons par jour pour transporter suffisamment de produits et répondre ainsi à la demande. D’après les estimations, il n’y aurait pas assez de camion et de wagons pour répondre à cette augmentation. De plus, davantage de camions sur les routes du Canada et à la frontière augmenterait considérablement la congestion, les émissions de véhicules et le risque d’accidents de la route graves.

Cela devrait servir de signal d’alarme pour le Canada.

Les citoyens de l’Ontario, du Québec et des Maritimes chauffent leurs maisons, soutiennent leurs familles, maintiennent les avions et les trains en mouvement et font pousser leurs récoltes grâce au pétrole et au gaz de l’Ouest canadien transportés vers l’Est du Canada par la canalisation 5.

Une décision unilatérale prise à l’étranger menace la santé et la sécurité même de millions de Canadiens. Même s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle ou d’une panne d’équipement au lieu d’une décision politique prise par les États-Unis, le Canada reste bien trop dépendant à cette infrastructure pour risquer d’interrompre la livraison de ce pipeline. Le Canada doit avoir une solution de rechange et, de préférence, une qui transite entièrement au Canada, d’ouest en est.

La COVID-19 a sensibilisé de plus en plus tous les Canadiens au risque de dépendance envers d’autres pays pour les produits essentiels en matière de santé, de sécurité et de sûreté. Le Canada étant un pays commerçant, faire partie des chaînes d’approvisionnement mondiales est essentiel à sa prospérité économique. Toutefois, il faut équilibrer cette appartenance avec l’autonomie nationale pour les produits indispensables aux Canadiens, comme l’équipement de protection individuelle, les vaccins et les médicaments essentiels. Vu la menace pesant sur la canalisation 5 d’Enbridge, l’autonomie du Canada devrait également comprendre l’approvisionnement en pétrole, en gaz et en propane nécessaire à l’agriculture qui nous alimente et à l’énergie qui nous réchauffe.

Les changements climatiques sont réels, et les Canadiens doivent contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et à une saine intendance environnementale. Le pétrole et le gaz canadiens répondent aux normes et aux règlements environnementaux les plus élevés du monde. D’autres pays s’inspirent du Canada pour atteindre une norme plus élevée en matière de production de ressources respectueuse de l’environnement.

Si tous les pays producteurs de pétrole et de gaz dans le monde adoptaient les normes canadiennes, les émissions mondiales de GES seraient réduites de 25 %, un fort pourcentage. Les Canadiens peuvent être fiers des normes actuelles qui sont respectées et des recherches en cours pour repousser les limites de la réduction des GES. Bien qu’il se classe au sixième rang des pays producteurs de pétrole, le Canada obtient 44 % de son pétrole à l’étranger au lieu de son territoire. Un plus fort approvisionnement national en pétrole et en gaz réduirait à la fois la vulnérabilité énergétique du Canada et les émissions totales de GES du pays.

L’avenir de la canalisation 5 et le sort du Canada demeurent dans les mains des tribunaux américains. La sécurité énergétique, la reprise économique et l’engagement du Canada à l’égard des changements climatiques exigent un gazoduc qui relie l’Ouest à l’Est entièrement au Canada. C’est la bonne chose à faire et pour le Canada et pour notre contribution en tant que citoyens du monde à la Terre.