Le budget fédéral ne tient pas compte des fissures dans les fondements économiques du Canada

Le 19 avril, le gouvernement a déposé le premier budget fédéral en plus de deux ans. Ce budget, qui ne lésine pas sur les dépenses et porte le déficit et la dette à des niveaux sans précédent, est à la fois un coup dur et une occasion manquée.

Un budget national doit faire deux choses. Il doit résoudre les problèmes immédiats à court terme tout en assurant et en préservant la croissance à long terme. Reconnaissant les défis posés par la COVID 19 et la nécessité de maintenir l’aide d’urgence, le budget fédéral de 2021 offre un soutien à court terme suffisant aux particuliers, aux petites entreprises et à certains secteurs industriels gravement touchés. Si ces programmes de prestations stimulent la consommation en permettant aux citoyens de faire face à l’urgence actuelle, ils ne suffisent pas à eux seuls à assurer une économie dynamique. Sans des investissements de base importants pour soutenir l’épine dorsale de l’économie, aucune prospérité future n’est possible.

Malheureusement, pour ce qui est de la tâche plus difficile d’établir et de renforcer ces assises économiques, ce budget est insuffisant.

Les fissures importantes en matière de concurrence et de productivité précèdent la pandémie. Déjà, un nombre inquiétant d’investissements de capitaux étrangers quittait le Canada, et les tarifs imposés pour des motifs de sécurité nationale, les obstacles commerciaux non tarifaires et les cadres réglementaires et fiscaux complexes ont poussé les entreprises à déplacer les chaînes de montage et les emplois à l’étranger.

Depuis un certain temps, en réaction aux changements dans les rapports de force économiques, les pays se détournent de la mondialisation et préconisent la capacité nationale, l’autosuffisance et la sécurité. Depuis le choc sanitaire et économique de la COVID 19, cette tendance s’accélère. Les pénuries d’équipement de protection individuelle, de vaccins et autres fournitures médicales ainsi que de nombreux produits de consommation essentiels ont mis en évidence les faiblesses du cadre économique canadien.

Le budget ne prévoit pratiquement aucune mesure pour réparer les fissures dans les fondements économiques avant et après la pandémie. Il ne fait aucune mention d’une réforme globale du régime fiscal visant les particuliers et les sociétés ou d’une rationalisation de la réglementation en vue d’améliorer la compétitivité du Canada.

Les investissements dans les industries nationales essentielles, comme l’équipement de protection individuelle, la fabrication de vaccins et la recherche médicale, étaient limités et n’ont pas permis de créer des capacités de fabrication nationales. Afin de favoriser l’autosuffisance du Canada et d’assurer une plus grande sécurité sanitaire à long terme, le Canada doit non seulement s’attaquer au manque d’approvisionnement actuel, mais également planifier l’avenir.

Les confinements liés à la pandémie ont accéléré la transition vers le recours accru à l’information numérique. En raison de l’absence d’une infrastructure numérique universelle, accessible, sécuritaire et de pointe au Canada, tout le pays est nettement désavantagé. Les investissements budgétaires sont insuffisants pour atténuer la vulnérabilité de notre pays aux cyberattaques et à la fraude sur Internet ou pour nous permettre d’assurer l’accès numérique et la sécurité de l’information.

De plus, malgré la fermeture imminente de la canalisation 5 d’Enbridge, qui menace l’approvisionnement essentiel en Ontario, au Québec et dans les Maritimes, le budget ne fait aucunement mention de l’avenir énergétique du Canada. L’industrie pétrolière et gazière du Canada, tout en respectant les normes environnementales les plus élevées du monde, demeure vulnérable aux décisions des fournisseurs de pétrole étrangers. Le budget ne prévoit rien pour réduire la dépendance du Canada au pétrole étranger plus polluant et atteindre les objectifs en matière de changements climatiques tout en parvenant à la sécurité énergétique nationale.

Enfin, il ne prévoit aucune mesure concrète ni « cible budgétaire » pour réduire la dette et le déficit colossaux du pays. Le déficit devrait atteindre pas moins de 388,7 milliards de dollars, soit 17 % du produit intérieur brut (PIB), tandis que la dette dépassera deux billions de dollars. Sur ce plan, Justin Trudeau aura accumulé une plus grosse dette que les 22 premiers ministres qui l’ont précédé.

Pire encore, ce budget surestime la croissance économique en ne tenant pas suffisamment compte de l’effet sur le PIB de la relance gouvernementale et d’un marché immobilier en pleine ébullition. Si l’aide gouvernementale de 2020 était retranchée des calculs, l’économie se serait contractée de 15,3 %, soit son niveau le plus bas en sept ans. Les taux d’intérêt extrêmement bas, l’accès facile au crédit et la transition au télétravail font en sorte que la part du PIB consacrée à se loger atteint un niveau record, compensant les pertes dans de nombreux autres secteurs. Lorsqu’il affirme que l’économie retrouvera sa vigueur, le gouvernement se garde bien de dire que, sans une relance et une flambée du marché immobilier, l’économie est moribonde.

Des dépenses colossales, qui creusent encore davantage le déficit, mettront en péril la prospérité future du Canada et laisseront une dette astronomique aux générations à venir. Des investissements de base et une vision claire de l’état de l’économie sont essentiels pour protéger la santé et la sécurité économique de tous les Canadiens. La relance économique et la prospérité future du Canada en sont tributaires.